Il n'y a pas de honte à être un jardinier paresseux


Un de mes amis m'a dit voir venir la saison de jardinage avec inquiétude. "Ce n'est pas que je n'aime pas jardiner, m'a-t-il dit, mais ça prend tout mon temps! Du début du printemps à la fin de l'automne, je suis toujours dans le jardin. J'aimerais donc avoir un jardin sans devoir y investir tout mon temps!"

Je lui ai donné ce conseil: voir d'un autre oeil l'aménagement, réfléchir sur des moyens de réduire le temps inhérent à son entretien et accepter d'être ce qu'il est déjà, sans doute, dans l'âme, un «jardinier paresseux»! Je n'ai pas honte d'admettre que je suis moi-même un jardinier paresseux.

Depuis que je suis devenu journaliste horticole à temps plein, il y a plus de 10 ans maintenant, je n'ai jamais eu aussi peu de temps pour jardiner! Mon métier, avec ses jours et heures de tombée cumulatives, ses semaines de 70 heures et ses voyages à travers le monde pour donner des conférences et guider des amateurs de beaux jardins, m'éloignent de mon propre jardin. J'essaie de consacrer malgré tout au moins deux heures par semaine au jardinage. Et j'ai découvert quelque chose de surprenant: celui qui veut faire un beau jardin presque sans efforts peut y parvenir.

Être un jardinier paresseux, c'est apprendre à planifier et entretenir son aménagement de façon à ce qu'il soit toujours attrayant, mais sans toutefois exiger beaucoup de temps et d'efforts; c'est admettre que, même si on aime ou adore le jardinage, on n'a qu'un temps limité à y consacrer.

Pas facile


Devenir un jardinier paresseux ne se fait pas du jour au lendemain, car il faut souvent refaire une bonne partie de son terrain en conséquence, mais graduellement, changeant peu à peu les plantations et installations pour les rendre plus faciles d'entretien, moins énergivores. Il faut aussi accepter de changer d'attitude vis-à-vis de son image du «terrain parfait».

Si vous voulez être un jardinier paresseux, oubliez le jardin à la française avec ses plates-bandes rectilignes et ses plantes symétriques, bien taillées, chacune parfaitement à sa place. Il vous faudra apprendre à accepter la beauté d'un jardin beaucoup moins «contrôlé» où les plantes débordent de leurs emplacements pour se mêler joyeusement à leurs voisines. On pourrait d'ailleurs décrire le «jardin du paresseux» comme un «fouillis beau et harmonieux».

Les 10 principes


Voici les dix principes de base du jardinier paresseux.

1) Éliminer les végétaux d'entretien difficile. Les rosiers hybrides de thé, par exemple, sont pour les jardiniers méticuleux, non pour les paresseux.

2) Remplacer les plantes temporaires par des plantes permanentes. Bien que de peu d'entretien, laissez faire les annuelles car il vous faudra les remplacer souvent. Plantez plutôt des arbres, des arbustes et des vivaces et couvrez tout de suite le sol d'un paillis organique pour couper le souffle aux mauvaises herbes.

3) Chercher des plantes «sans entretien». Ce principe découle du premier, mais va encore plus loin. Il existe bon nombre de plantes qui sont tellement solides, tellement fortes, tellement dominantes, qu'elles sont essentiellement sans entretien, n'exigeant ni tailles régulières, ni divisions, ni même engrais. Beaucoup d'arbres et d'arbustes tels la potentille arbustive, l'épinette bleue et le tilleul sont du nombre.

4) Placer les végétaux aux endroits qui leur conviennent. Même la plante la plus facile au monde vous donnera beaucoup de fil à retordre si vous la placez dans un endroit qui ne lui convient pas. Analysez votre cour, faites vos choix de plantes en conséquence.

5) Réduire l'espace consacré à la pelouse: si tondre le gazon vous prend plus de 30 minutes par semaine, vous en avez trop. Réduisez sa surface avec des plantations exigeant moins d'entretien.

6) Apprendre à accepter certaines imperfections: si vous exigez que tout votre jardin soit parfait en tout temps, vous n'aurez jamais un moment de paix. Apprenez plutôt à apprécier votre terrain pour son «effet d'ensemble». Il est surprenant de voir que quelques feuilles jaunies ou des mauvaises herbes dans le fin fond du jardin ou même des fleurs mâchouillées par des insectes comptent si peu quand on prend du recul.

7) Apprendre à voir de la beauté dans l'imperfection. En poussant le principe précédent un peu plus loin, vous découvrirez que votre clôture un peu tordue ou le cabanon à la peinture écaillée sont tout à fait charmants, surtout lorsque à demi cachés par des végétaux. Et c'est surprenant comme quelques-unes de nos «mauvaises herbes» peuvent être jolies!

8) Accepter le fait que son terrain changera avec le temps. Inutile de vous battre pour le garder tel quel car il est composé en bonne partie d'êtres vivants qui, par nature, sont changeants. La plupart des terrains, par exemple, deviendront plus ombragés avec le temps, et les plantes de plein soleil qui, autrefois, y réussissaient à merveille exigeront de plus en plus de soins pour rester en vie.

9) Réduire les «espaces dénudés»: on s'imagine parfois qu'un espace sans plantes (une grande terrasse en pavés, par exemple) exigera moins d'entretien qu'une plantation... mais c'est vrai seulement les premières années. Éventuellement, peu importe ce que vous ferez pour les prévenir, les mauvaises herbes s'y installeront et les feuilles mortes s'accumuleront et y croupiront. Pourtant, les feuilles mortes disparaissent entièrement dans une plate-bande d'arbustes ou de vivaces.

10) Planter densément tout en respectant la taille éventuelle des plantes: en couvrant entièrement vos plates-bandes de végétaux, comment voulez-vous que les mauvaises herbes y poussent? Elles n'auront pas la moindre chance!

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